Que ton alimentation soit ta première médecine (dentaire !)

09 septembre 2024

Conférence séance de travail ANCD du 19 Juin 2024

L’interception des maladies carieuse et parodontale repose aujourd’hui essentiellement sur des conseils d’hygiène orale, associés à des techniques de reminéralisation/restauration et de nettoyage supra- et sous-gingival. Pourtant, nous savons que ces deux maladies sont intimement liées à l’alimentation et d’autres maladies chroniques non transmissibles.

Pour ce qui concerne la maladie carieuse, elle est actuellement décrite comme une dysbiose polymicrobienne non transmissible, causée par des pathobiodontes, liée à un déséquilibre écologique du biofilm, du fait de l’exposition fréquente de ce dernier à des carbohydrates fermentescibles. Ainsi, la consommation de sucres (principalement les sucres libres) est l’unique cause de la maladie carieuse. Même si d’autres facteurs entrent en jeu avec une action modulatrice, contributive ou atténuante, comme le flux salivaire, l’anatomie dentaire, l’accumulation de plaque/les bactéries, l’exposition aux fluorures ou encore les facteurs sociaux.

Pour ce qui concerne la parodontite, elle est décrite actuellement comme une maladie inflammatoire chronique, initiée par des communautés microbiennes dysbiotiques dans le biofilm, déclenchant une réponse immunitaire aberrante de l'hôte, du fait de facteurs environnementaux ou prédisposants. Parmi les facteurs environnementaux, l’alimentation n’est pas en reste.

Compte tenu du rôle central de l’alimentation dans les maladies bucco-dentaires, nous avons monté une consultation nutrition dans le service de médecine bucco-dentaire de l’hôpital Henri Mondor, notamment à destination des jeunes patients et de leur famille. Il s’agit d’un temps d’échange en parallèle des rendez-vous de soin, exclusivement dédié à discuter de l’alimentation du patient.

Cette consultation est proposée à tous les patients (notamment pédiatriques, mais pas que) qui présentent des polycaries ou une maladie parodontale sévère. S’ils acceptent, il est demandé de réaliser un journal alimentaire au préalable.

La consultation se déroule en plusieurs temps, chacun d’eux s’appuyant sur un document.

- un débrief du journal alimentaire, en mettant en évidence tous les déséquilibres

- un point sur le rôle du sucre et des sucres cachés dans les aliments transformés : en montrant le nombre de carrés de sucre contenu dans des aliments consommés au quotidien.

- un point sur comment réduire sa consommation de sucres, avec des propositions concrètes d’alternatives.

- un point sur les acides gras consommés et leur rôle sur le terrain inflammatoire du patient : en orientant vers des huiles et des petits poissons riches en oméga 3.

- un point sur les vitamines et minéraux, en relation avec la couleur des aliments : en conseillant une assiette très colorée, garantissant une variété de vitamines.

- une pyramide alimentaire : servant de synthèse.

A l’issue de la séance, nous demandons au parent et/ou patient de nous récapituler ce qu’ils vont changer à chaque repas, moyennant nos discussions. Pour les aider nous leur laissons tous les supports détaillés ci-dessus et nous insistons sur certains messages généraux : ne boire que de l’eau, maximum 4 repas par jour, manger plus de légumes et de fruits, se limiter à 2 prises d’aliments sucrés (hors fruits) par jour. Puis sur des messages spécifiques au patient (par exemple, introduire tous les matins ou un jour sur deux, des œufs, du pain complet, des olives… ; utiliser une alternance d’huile de lin et huile d’olive dans les salades, en évitant l’huile de tournesol…), Nous le notons sur une ordonnance, car nous pouvons prescrire de la santé, pas que des médicaments et cela permet au patient et au parent de ne rien oublier.

Enfin, nous faisons remarquer au parent qu’il est évident que toute la famille doit prendre le virage de ces nouveaux plis et pas exclusivement l’enfant consultant. Tout en leur répétant qu’en somme, il ne s’agit que de petits changements.

Au cours de cette consultation de nombreux conseils sont donnés, de manière très personnalisée, pour aider le jeune patient à changer son alimentation, repas par repas, dans la limite de ce qui lui plait et de manière à ce que ces modifications ne soient pas complexes pour les parents. Nous nous adaptons aux goûts de l’enfant et non l’inverse et nos propositions se font en adéquation avec son contexte.

Pour en retracer les grandes lignes, nous les orientons vers un petit déjeuner gras et protéiné (et d’abandonner les céréales et autres mets très sucrés). Nous ne procédons à aucun changement sur le repas du midi, se faisant le plus souvent à la cantine. Nous posons un contrat en revanche pour le goûter, en incitant à n’y prendre, un jour sur deux, que des fruits (ou compote sans sucre), voire fruits secs et oléagineux. Enfin, pour le repas du soir, nous suggérons que le dessert soit un fruit de préférence.

Par ailleurs d’autres conseils sont délivrés sur l’importance d’éviter les aliments ultra-transformés, sur la mastication pour une bonne assimilation des micronutriments, ou encore sur la cuisson et les associations alimentaires pertinentes pour réduire les pics de glycémie et le pouvoir cariogène.

En conclusion, notre approche du patient ne doit pas se borner à une prise en charge symptomatique, mais s’inscrire dans une démarche intégrative, d’une part pour pérenniser/optimiser nos soins et prévenir les récidives/aggravations, d’autre part pour concourir à la bonne santé générale de nos patients, du fait des liens entre maladies chroniques dentaires et maladies chroniques systémiques, et de leur facteur de risque commun, l’alimentation.

Liens et interrelations entre alimentation et maladies chroniques dentaires et maladie générales

* PU-PH

URF Odontologie, Université Paris Cité

Hôpital Henri Mondor, AP-HP